II
Ta nuit brûle de Joie
Triptyque
Pour le Samedi Saint
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Lui qui doit séjourner dans les plus hauts séjours,
Le voici au plus bas
qu'il est possible de descendre.
Lui, de la Trinité,
le Fils égal du Père,
Il va ressaisir dans l'Esprit
cette part de son corps qui voulait lui échapper.
( Arcabas : Passion Résurrection )
Il ne pouvait supprimer le mal qui tenait l'humanité captive
sans aller au profond de la terre
pour l'extirper jusqu'aux racines.
Il vient tirer de la poussière de la mort pour le retourner
vers la vie
celui qu'il avait au commencement tiré de la poussière du sol.
Il lui saisit 1a main,
comme il avait fait
dans le premier jardin,
comme il l’avait fait pour Eve quand il l'avait conduite vers lui.
La main qui le saisit est celle qui l'a pétri
et modelé à l’origine,
une main désormais qui garde ineffaçables des traces de clous.
C'est la main qui s'est tendue vers Pierre pour le sauver,
quand la foi ne le portait plus
et qu'il enfonçait dans les eaux.
C'est la main qui prit la main de la petite fille de douze ans,
de l'enfant possédé, de la fille de Jaïre,
de la belle-mère de Simon.
Et comme il a marché sur le dos des vagues en furie,
il marche sur la puissance d'en bas
avec des pieds que les bourreaux ont transpercés.
Aujourd'hui il descend dans les enfers des bidonvilles
et des hôpitaux psychiatriques,
aux enfers des camps ou l’on parque déportés et réfugiés.
Le voici descendu jusqu'à l'enfer des chambres a gaz,
jusqu’aux bas-fonds de la prostitution,
de l'alcool et de la drogue.
Car il n'est pas un Dieu qui promettrait aux hommes un bonheur à venir
sans les aller chercher
dans les angoisses de leur présent malheur.
I1 ne se contente pas d'appeler « Venez à moi, vous qui êtes fatigués :
je vous consolerai! »
I1 vient lui-même relever celui qui est incapable de marcher à sa rencontre.
Il n'attend pas que 1e fugitif retourne à la maison,
il sort au-devant de lui
et lui ouvre les bras.
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Jusqu'aux ravins de la mort il court après les brebis perdues,
i1 ne revient qu'il ne les ait trouvées,
chargées sur ses épaules.
Le grand mystère de Dieu n'est pas qu'il habite l'inaccessible lumière,
mais qu'il s'enfonce là-même où l'homme n'a pas d'autre compagne
que la ténèbre.
( Arcabas : Passion Résurrection )
Car il faut que la nuit rende le jour,
que la mort rende tous ses morts,
et que les enfers dégorgent tout ce qu'ils ont englouti.
Car il faut que tous les mots humains créés pour faire écho à son Verbe
échappent au silence
et se joignent à son hymne de reconnaissance.
Didier Rimaud